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Vie du curé d’Ars



Étonnante renommée que celle du petit village d’Ars, situé à 40 kilomètres au nord de Lyon et comptant environ 230 habitants en 1830. 4 ans plus tard, ce sont 30 000 personnes qu’y viennent y effectuer un pèlerinage... destiné "uniquement" à rencontrer son étonnant curé, et à se confesser auprès de ce guérisseur des âmes.

Ce prêtre s’appelle Jean-Marie Baptiste Vianney. Il est né le 8 mai 1786 à Dardilly, village situé dans la banlieue lyonnaise, dans une modeste famille d’agriculteurs. Dès son plus jeune âge, il aime tout particulièrement se rendre à l’église, et s’isoler pour prier. Il déclarera plus tard regretter cette période ou tout enfant, il menait paître ses brebis et son âne : "j’avais du temps pour prier Dieu, pour méditer, m’occuper de mon âme..."

L’abbé Fournier, homme intelligent et dynamique, est nommé à Dardilly. Grâce à lui, une école s’ouvre dans le village, et Jean-Marie vient y suivre des cours, lorsqu’il n’est pas occupé par les travaux des champs. Son contact avec l’abbé Fournier suscite en lui une attirance forte vers la prêtrise. Son père s’y oppose tout d’abord, face à la perte de bras vaillants, et aux frais qu’une telle démarche engendrerait. Finalement, devant l’insistance de Jean-Marie, on l’envoie étudier chez M. Balley, alors curé d’Ecully. Il a tout juste 20 ans, sait lire, mais à peine écrire...

Pendant 3 ans, Jean-Marie étudie surtout le français, le latin, travaillant avec acharnement, ses facultés de compréhension et de mémoire étant bien modestes.

Une interruption de deux ans survient alors, due à la mobilisation militaires de nombreux jeunes, dont Jean-Marie fait partie. Après avoir été enrôlé, puis avoir pris la décision de déserter, il rejoint finalement librement au printemps 1811 l’abbé Balley, qui l’héberge dans son presbytère. Revêtu d’une simple soutane, il devient ainsi clerc du diocèse de Lyon. Entré au séminaire en 1813, la difficulté des études en langue latine le contraint à retourner auprès de son curé peu de temps après. Sa persévérance dans les études lui permettra d’être ordonné sous-diacre un peu plus tard.

La vie au presbytère de l’abbé Balley était pour le moins austère. Travail, prière, repas sobres, silence... lui-même n’hésitait pas à suivre le chemin de la mortification corporelle. Son élève Jean-Marie suivait sans retenue son maître sur cette voie si particulière.

L’abbé Balley lui confie progressivement la responsabilité de tâches de plus en plus importantes. Il s’occupe du catéchisme, et reçoit la permission de confesser. En 1817, suite à la maladie de son abbé, il doit assumer la charge complète du service paroissial. Il devra faire face à une difficulté importante pour lui : la prédication dominicale. A elle seule, elle représente pour lui un travail de préparation énorme, Jean-Marie tenant à apprendre par cœur les sermons préparés à partir de ceux d’auteurs célèbres.

Peu de temps après, le vicaire général Courbon, ayant perçu la richesse intérieure de ce jeune abbé réputé ignorant, lui attribuera en 1818 la responsabilité du village d’Ars-en-Dombes. Il se retrouve alors face à une réalité bien courante à cette époque dans les villages : des enfants mis au travail très jeunes, des relations rudes entre les gens, des adolescents qui aiment fréquenter les bals, et une très grande liberté de mœurs. S’ajoute à cela la forte tendance des hommes à consommer de l’alcool le dimanche, au désespoir des femmes devant en subir les conséquences parfois désastreuses.

Jean-Marie vit dans une simplicité et un dépouillement extrêmes : aucun meuble inutile, que le strict nécessaire, pour lui et ceux qu’il accueille. Il cuisine lui-même, pommes de terre et crêpes sont au menu chaque jour, en bien petite quantité... Il dira lui-même "J’ai un bon cadavre. Après que j’ai mangé n’importe quoi, que j’ai dormi deux heures, je peux recommencer..."

Dès son arrivée dans le village d’Ars, sa bonté, sa simplicité, le font aimer de tous. La rencontre avec l’autre, l’intérêt profond porté aux problèmes de chacun de ses paroissiens, rendaient ses visites très désirées. Il était plein de gaîté et faisait volontiers sourire par ses réparties très spirituelles.

Levé tôt, priant chaque matin plusieurs heures durant, célébrant la messe, récitant son chapelet, lisant son inséparable bréviaire. Il dort très peu, passant de longues nuits à prier. Il n’échappe pas à des tourments intérieurs, des angoisses : "Notre pauvre cœur est sec comme de l’amadou, comme un morceau de liège, dur comme un caillou, froid comme le marbre." Et il confie un jour : "J’ai demandé une fois à Dieu de voir ma misère et je l’ai obtenu. Si Dieu ne m’avait pas alors soutenu, je serais tombé dans le désespoir."

Il mit en place une action profonde afin de transformer le comportement de ses paroissiens le dimanche. A cette époque, un peu partout dans les campagnes, le travail passait avant la messe ce jour particulier. Lui ne cessait de répéter "Après avoir passé toute la semaine sans presque penser à Dieu, il est bien juste d’employer le dimanche à prier et à remercier Dieu." et "On doit le samedi faire tout ce qui peut se faire pour le dimanche, et le dimanche on doit laisser tout ce qui peut attendre au lundi." Grâce à lui, de nombreux fermiers prirent la décision de ne plus faire travailler leurs domestiques le dimanche.

Un terrible combat fut celui qu’il choisit de mener contre les bals, la danse, la liberté des mœurs. "De tous les péchés, c’est celui de l’impureté qui est le plus difficile à déraciner. Qu’il est difficile de s’en corriger entièrement ! " Mais sa persévérance transforma les habitudes de ses paroissiens, et il fit de même pour lutter contre la consommation d’alcool et toutes ses terribles conséquences. En contrepartie, il développe les activités lors des fêtes religieuses, afin de répondre à un désir légitime des jeunes de s’amuser et de se réjouir.

Au fur et à mesure de sa prêtrise, sa parole s’adoucit, et il livre dans ses sermons le fruit de ses méditations personnelles, de ce que lui apprend son cœur. Il devient un humble témoin vivant de l’évangile, convaincant par son exemple, sa présence, de la vérité de ses paroles. Parfois, en parlant de "l’Amour immense de notre Seigneur", son cœur se serrait, et ne pouvait plus parler. Alors il pleurait...

Toute sa vie fut un don de lui-même aux autres. Et jusqu’à sa mort, le 4 août 1859, au mépris de sa santé, de sa fatigue, il offrit sans compter, aux milliers de pèlerins venus recevoir ses conseils, son soutien, la chaleur de son sourire, et la sagesse de son si grand cœur.