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Vie de Shirdi Saï Baba

1842 - 1918


Il est peu d’endroit dans toute l’Inde où l’on ne retrouve l’image ou la statue du Saint Saï Baba de Shirdi. Du Cap Comorin aux Himalayas, Shirdi Baba est vénéré, tant par les hindous que par les musulmans. On peut rester étonné, cependant, du peu d’informations le concernant dans le monde occidental.

On ne connaît rien, ou pratiquement rien, sur sa naissance, excepté ce qu’il voulut bien révéler vers la fin de sa vie, notamment qu’il aurait été Kabir (grand saint hindou né en 1398 et ayant vécu 120 ans) dans une autre existence et qu’il venait de Naurangabad. Il parlait avec une grande ferveur du Guru auquel il fut confié, Venkusa. Il se disait de la race ou caste Parvardigar (Dieu), une allusion à son Avatara. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’il vint dans le petit village de Shirdi vers l’an 1854, alors qu’il avait environ 16 ans. Il en repartit et y revint trois ans plus tard, pour y rester jusqu’à la fin de ses jours, c’est-à-dire jusqu’en 1918. Les informations que nous donnons sur sa jeunesse viennent des révélations faites par sa nouvelle incarnation en tant que Sathya Saï Baba.

NAISSANCE DE SHIRDI BABA

Shirdi Saï Baba fut le fils d’un passeur du nom de Ganga Bhavadia et d’une femme appelée Srimati Devaghiriamma, tous deux natifs du village de Parthy. Il n’avaient pas pu avoir d’enfant. Un jour où Srimati était en train de prier et que son mari était parti, un vieux mendiant demanda à manger, ce qui lui fut immédiatement accordé. Puis il demanda à passer la nuit dans la maison. Comme tout ce qu’il demandait était gentiment accepté, le mendiant souhaita que l’on lui masse ses jambes qui étaient douloureuses. Ne pouvant le faire elle-même à cause de son état de femme mariée, elle alla au village demander à deux prostituées sachant fort bien masser. Malheureusement, elle ne les trouva pas et en fut très peinée. Elle se mit à prier très fort, et à ce moment-là l’une des femmes qu’elle avait cherchées entra. Devaghiriamma, heureuse, les laissa seuls tous les deux. Un quart d’heure après, on frappa à la porte et, à sa surprise, elle y trouva Shiva et Parvati resplendissant de lumière. Pour récompenser la brave femme de sa compassion, Parvati l’exauça et lui promit deux filles. Shiva ajouta : " Je te donnerai un troisième enfant et en lui je m’incarnerai". Puis, la vision disparut et Devaghiriamma resta en extase jusqu’au retour de son mari.

Quelque temps plus tard, ce dernier, comme le font certains hindous, décida d’abandonner le foyer et de se retirer dans un ermitage à la recherche de Dieu. Sa femme, en fidèle épouse, décida de le suivre. Ils laissèrent les filles à leurs grands-parents et se dirigèrent vers la forêt. Cependant, elle était alors pour une troisième fois enceinte, et afin de ne pas ennuyer son mari elle accoucha seule dans la forêt, recouvrit le joli petit garçon avec des feuilles et s’éloigna. Le devoir de l’épouse l’avait emporté sur le devoir de mère. Un couple demeurant au village de Shirdi découvrit l’enfant à cet endroit et le recueillit. A six ans, Babou, tel était son nom, était exceptionnellement éveillé et intelligent. Il avait pris l’habitude d’aller au temple hindou pour y chanter les versets du Coran. Il faisait de même à la mosquée, mais y chantait les Vedas. Cela fit scandale car hindouisme et islam coexistaient difficilement. Saï Baba amorçait déjà l’essentiel de sa mission : unir les deux grandes religions en démontrant qu’il n’existe qu’un seul Dieu.

SA VIE ET SON MESSAGE

Sa divinité fut découverte par une femme : un jour, Babou avait gagné une petite pierre noire (un lingam) en jouant aux billes avec son fils. La mère de l’enfant voulut la lui reprendre et il la mit dans sa bouche. Lorsqu’enfin la mère de son camarade réussit à lui ouvrir la bouche, elle eut une vision cosmique de la divinité, suivie d’une béatitude ineffable. A partir de ce jour, elle respecta et vénéra le jeune Babou.

Shirdi Saï Baba commença à être connu à travers un incident qui arriva à un chef de village. Ce dernier, ayant perdu son cheval, entendit une voix qui lui disait de se reposer. Il se retourna et vit un jeune fakir, un renonçant musulman. Sachant ce qu’il cherchait, le jeune homme lui indiqua où trouver son cheval. L’homme découvrit effectivement l’animal et revint vers le jeune fakir. Cedernier tenait une pipe et fit miraculeusement du feu pour l’allumer. Le chef de village, surpris, pensa se trouver en présence d’un saint homme et l’invita à venir le lendemain à un mariage dans sa famille à Shirdi. Les invités campaient sur un terrain proche du temple Khandoba. Comme de coutume, Shirdi Baba partit mendier sa nourriture, puis il prit la direction du temple pour s’y installer. Mais Mahalsapati, le prêtre hindou, le renvoya vers une petite mosquée délabrée, s’étonnant que ce fakir ne fasse pas la différence entre un temple hindou et une mosquée... Toujours est-il que Saï Baba s’y installa et y vécut le reste de sa vie.

A cette époque, son nom était Babou, et il peut être intéressant de savoir comment, par la grâce divine, il fut appelé Saï Baba : "...Lorsque les gens du mariage vinrent à Shirdi, il s’arrêta au pied du banyan se trouvant dans le champ de Bhagat Mahalsapati près du temple de Khandoba. Les chevaux furent dételés dans la cour du temple de Khandoba et les membres du groupe, dont le fakir, descendirent un à un. Bhagat Mahalsapati vit le jeune Fakir descendre et l’aborda en lui disant : "ya Saï" (Bienvenue, Saï). D’autres gens l’appelèrent également Saï et à partir de ce jour, il fut connu sous le nom de Saï Baba" (Shri Saï Saicharita, page 23, Shirdi Sanaihan Publication)

Dans sa très modeste demeure, Shirdi Saï Baba avait l’habitude d’entretenir un dhuni, un feu sacré, qui brûlait jour et nuit, d’où le nom de dwarkamaï que l’on donna à l’édifice. Il avait également l’habitude, la nuit venue, d’allumer des lampes à huile. Pour cela, il lui fallait mendier de l’huile au marché du village. Un jour, les marchands, excédés, refusèrent de lui en donner. Saï Baba ne dit rien et s’en retourna. Les marchands, intrigués, le suivirent et, à leur stupéfaction, ils le virent emplir les lampes à huile avec de l’eau puis les allumer toutes sans problème. Au delà du phénomène, ce miracle fit prendre conscience de la sainteté de Shirdi Baba.

Rapidement, on vit venir à lui tous les déshérités, les malades étaient guéris et les coeurs soulagés. Saï Baba partageait tout ce qu’il recevait et donnait aux miséreux et aux animaux le peu qu’il avait pour se nourrir lui-même. Il soignait avec des préparations d’herbes médicinales, sans aucune discrimination de rang, de race ou de religion. Un jour, il cessa complètement d’utiliser des herbes et donna à la place de la cendre sacrée, ou vibhuti. Cette cendre avait des propriétés miraculeuses. (plus de détails dans la partie "Son enseignement")

Shirdi Baba avait le pouvoir de transcender continuellement le temps et l’espace. Un jour, l’un de ses proches disciples Das Ganu voulut, comme le doit tout hindou, prendre un bain sacré dans le Gange à Prayag, et il demanda à Baba la permission de partir. Baba lui répliqua : "Il n’est pas nécessaire d’aller si loin, notre Prayag est ici, crois-moi" Et lorsque Das Ganu se prosterna à ses pieds, de l’eau sainte provenant du Gange et de la Yamuna jaillit spontanément de ses pieds de lotus.

L’omnipotent Shirdi Baba avait un contrôle absolu sur la matière, et il le prouva souvent à ses disciples. Tous les trois jours, il partait prendre un bain près d’un banyan. Un jour, il fut épié par un fidèle, et lui donna une leçon pour éteindre ses doutes : il se mit à vomir ses intestins, les lava consciencieusement à l’endroit et à l’envers, les fit sécher puis les ravala. Un autre jour, un homme vint à la mosquée (masjid) et vit les membres de Baba éparpillés de-ci de-là. Il fut terrifié, croyant que Baba avait été taillé en pièces et assassiné. De peur qu’on ne l’accuse, il se tint coi, et ne revint que le lendemain où, à sa grande stupéfaction, il vit Baba frais et dispos. (Ces pratiques sont bien connus des yogis très avancés, on pourra à ce sujet se reporter aux témoignages, similaires sur ce point, de fidèles du grand Jnani Swami Gnanananda de Tirukoilur)

Parmi ces magnifiques leelas (jeux divins), notons encore le pouvoir qu’avait Baba de contrôler la nature et les éléments. Un jour, il y eut un terrible cyclone à Shirdi, le vent arrachait tout sur son passage, des lourds nuages noirs tombaient la foudre et des torrents d’eau furieux. La place était déjà inondée et beaucoup d’animaux avaient pris refuge dans la mosquée. Bien qu’il y eut plusieurs divinités locales à Shirdi, aucune ne semblait vouloir intervenir. Les éléments étaient déchaînés et la place du village inondée. La catastrophe était imminente, et les villageois vinrent supplier Baba de faire quelque chose. Celui-ci sortit sur le seuil du masjid et d’une voix puissante ordonna : "Arrêtez, arrêtez votre colère et soyez calmes" En quelques minutes, le vent se calma, la pluie s’arrêta, le ciel se dégagea et à nouveau la lune se mit à briller sur le petit village de Shirdi, pacifié.

Baba était reconnu pour avoir toutes les caractéristiques d’un Avatar, et notamment celle de pouvoir se démultiplier à l’infini ou d’apparaître à n’importe quel moment dans la forme de son choix. L’un de ses disciples, Nana Chandorkar, et sa femme étaient désespérés car leur fille, sur le point d’accoucher, était au plus mal. Baba reçut les prières qu’ils lui adressaient, et il donna de la cendre sacrée à un dévot qui se préparait à quitter Shirdi, pour Nana. Mais Bapugir Suva, le disciple, se sentit gêné car il avait juste assez d’argent pour aller dans son village natal de Khandesh : ce peu d’argent pouvait le mener jusqu’à Jalgaon et Nana habitait Jamner situé à plusieurs kilomètres. Sai Baba le rassura, lui disant qu’il s’occuperait de tout. Bapugir atteignit Jalgaon un peu après minuit. A ce moment, un cocher l’aborda et lui dit que Nanasaheb l’avait envoyé pour l’accompagner jusqu’à la maison le plus rapidement possible. Arrivé à Jamner, la cendre sacrée fut remise au père qui, rassuré, s’empressa d’en oindre le front de sa fille. Quelques instants plus tard, la malade se calma et la naissance eut lieu sans aucun problème. Heureux, les deux dévots se relatèrent les événements et Bapugir remercia chaleureusement Nana de lui avoir envoyé voiture et cocher. Nana, fort surpris, déclara qu’il ignorait même la venue de Bapugir. Il coururent dehors pour en parler au cocher, mais celui-ci avait complètement disparu. Ils comprirent soudain ce qui était arrivé et rendirent grâce à Baba.

Shirdi Saï Baba était un être omniscient et omniprésent. Il n’ignorait rien de ceux qui l’entouraient, et même de ceux qui étaient loin de lui.

Après quelques années des milliers de fidèles vinrent de toute l’Inde pour l’adorer comme un dieu. Cependant, en dehors des cérémonies et processions, Baba restait simple et pauvre, et continuait même à mendier sa nourriture. Un matin, un homme très riche du nom de Booty vint le voir avec le projet de construire un temple en pierres qui aurait en son centre un hall dédié à Krishna. Baba apprécia le projet et promit de rester jusqu’à la fin des travaux. Booty ne comprit que plus tard la raison de cette attitude. Peu avant la fin des travaux, Saï Baba tomba malade et devint de plus en plus faible. Le quinzième jour d’octobre, sa condition était dramatique. Il renvoya ses fidèles, sauf quelques-uns, il prit alors neuf pièces de monnaie de sa poche et les donna à Laxmibal en lui disant : "Prends ces pièces, elles signifient les neuf formes de Bhakti (adoration de la divinité). Je m’en vais, amène-moi dans le temple de Booty, et incinère-moi là-bas". Ayant dit cela, il expira, il était l4 h 30.

APRES SA MORT

Le jour suivant, il apparut devant Das Ganu et lui dit : "Les marchands d’huile et les droguistes m’ont créé trop de problèmes, et j’ai décidé de laisser Shirdi. Le masjid (la mosquée, en réalité son propre corps) s’est écroulé, et je m’en vais. Je suis venu te dire d’aller à la mosquée et de recouvrir mon dabari (sépulcre) avec des fleurs de jasmin"

Après sa transition, les miracles se multiplièrent. L’esprit de Saï Baba n’était nullement éteint. Lorsque Mahashakti (le Pouvoir Suprême) quitta le corps de Saï Baba de Shirdi en 1918, Kaka Saheb Dixit apprit que huit ans plus tard ce pouvoir s’incarnerait à nouveau. Abdul Baba apprit lui aussi que sept ans plus tard Elle apparaîtrait à nouveau dans la région de Madras. Trois mois après le Maha-Samadhi, Shirdi Baba apparut devant l’une des maisonnettes du village de Kirkee, en répondant à une question que beaucoup se posaient : "Le corps est mort, mais j’apparaîtrai encore".