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Kolam



L’art du Kolam

Le Kolam est un art traditionnel indien consistant à décorer le sol et les murs de différents lieux.

Dessiné principalement sur le seuil des maisons, avant le lever du soleil, le Kolam indique que les habitants sont en bonne santé, disposent de ce dont ils ont besoin et que la maison est hospitalière aux sâdhus et aux mendiants.

Cet art se traduit par la réalisation de motifs géométriques et symétriques effectués à l’aide d’une poudre blanche. Le Kolam est réalisé par dix millions de femmes indiennes, quelle que soit leur origine et leur condition. Présent dans tous les états de l’Inde, il comprend différents noms et significations mais c’est dans l’état du Tamil Nadu qu’il est le plus ancré dans les coutumes. "Kolam" signifie en tamil, "beau", ce qui donne le sentiment de la beauté aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de la maison."

Le Kolam est un des moyens de faire mille requêtes et de s’adresser, de façon privilégiée, aux divinités et plus particulièrement à Lakshmi, la déesse de la prospérité et de la santé, souvent attachée à l’espace domestique. Elle est alors susceptible de dispenser certains de ses bienfaits aux membres de la maisonnée et de faire, entre autres, obstacle aux pouvoirs de Moodevi, la déesse du malheur. Le Kolam jouerait alors un rôle de barrage et de véhicule facilitant l’accès de la divinité à l’espace domestique.

Cet art est pratiqué avec encore plus de ferveur durant le mois tamil de MAARKAZHI, (entre le 14 décembre et le 14 janvier du calendrier occidental). Selon la mythologie hindoue, durant cette période, la déesse ANDAL a prié le seigneur THIRUMAL de la marier, ce qui s’est réalisé. Ce mois est donc considéré comme étant favorable aux femmes célibataires pour rencontrer l’époux de leurs rêves. Alors, les femmes se lèvent avant le lever du soleil pour dessiner de beaux Kolam afin de souhaiter la bienvenue au seigneur THIRUMAL.

Deux jours sont reconnus comme de bon augure par les femmes de la maisonnée : le mardi mais surtout le vendredi. Le vendredi : velli, en tamil, dériverait du mot venmai signifiant, la couleur blanche et par extension le métal, l’argent. Aussi, le vendredi tout comme lors de festival, les femmes dessinent des Kolam plus grands, plus beaux et donc plus long à effectuer afin d’attirer une plus grande puissance bénéfique de la part des dieux.

Préparation avant le Kolam :

Le Kolam marque le commencement des premières tâches domestiques matinales. Traditionnellement, l’épouse s’éveille la première. Puis elle accomplit ses ablutions et dépose, sur son front, au-dessus de la racine du nez, un point de poudre de couleur rouge, le kumkum, symbole de la Shakti.

C’est alors qu’elle nettoie le sol de l’entrée à l’aide d’un balai fait de tiges de feuilles de cocotier puis l’asperge d’eau afin de mieux fixer à terre les poussières, ainsi que la poudre blanche. A l’eau est souvent ajoutée de la bouse de vache connue pour ses vertus de purification et de désinfectant. La femme prend soin de mélanger le tout avec ses mains pour enlever les grumeaux.

Création du Kolam :

Pour déposer la poudre, la femme utilise sa main droite, en s’aidant généralement de l’extrémité du pouce, de l’index et du majeur.

En tamil, la main droite valakkai symbolise à la fois la pureté et la propreté. C’est aussi la main avec laquelle on mange, et ce, par opposition à la main gauche, Piccankai, utilisée pour les soins intimes. Piccankai signifie "main à ordures".

La femme dépose un ensemble de points, appelé Pullikkolam, à intervalles réguliers. Le nombre de points est le plus souvent impair.

C’est alors, qu’en s’aidant des points comme repères, elle trace, d’un geste rapide et précis, des lignes afin de donner vie au dessin géométrique.

La ligne doit être toujours blanche et ne doit comporter aucune angularité. Il est important qu’elle soit continue pour ne laisser aucune possibilité d’entrer aux mauvais esprits.

Quatre sortes de Kolam :

 Une ligne serpentine, s’inscrivant en boucle, s’enroule autour des différents points.
 Les lignes entourent un groupe de points.
 Les lignes passent par les points jusqu’à les faire disparaître totalement ou en partie.
 Le motif s’effectue sans l’aide d’aucun point.

Emplacement des Kolam :

Le seuil de la maison ou de la chaussée. Nous l’avons vu, sont les lieux où le Kolam s’inscrit essentiellement. Il se trouve toujours dans l’axe de la porte principale.

Dessiner un Kolam près du foyer permet aussi de faciliter l’accès de la Divinité, notamment Lakshmi, à l’un des endroits les plus sensibles de la maison. En effet, la nourriture, fruit d’une bonne récolte, des provisions bien gérées, ou rien que la crainte d’en manquer, font partie des préoccupations majeures des familles.

Le Kolam peut être effectué à l’entrée d’un hameau de maisons afin de protéger les sans abris qui y viennent durant la journée.

De nombreux Kolam tapissent les routes lors de festivals afin d’honorer les dieux en procession.

L’absence de Kolam :

Aucun Kolam n’est dessiné sur le seuil de la maison si celle-ci est touchée par un deuil, si aucune femme n’y réside ainsi que le jour anniversaire d’un défunt. Il en est de même à la pleine lune, car sa présence interdirait aux esprits des ancêtres de pénétrer à leur aise au sein de la maison.

Les différentes poudres utilisées :

La poudre de roche blanche, la poudre de blé, de coquillage, de chaux, de craie et d’autres pâtes bon marché sont utilisées pour dessiner ces motifs intrigants et rituels. On y ajoute une matière lourde, comme le sable ou le sel, pour la rendre plus fluide. La modernité se faisant la femme utilise ici une craie dure.

Lors des grands festivals les femmes utilisent, quand elles en ont les moyens financiers, de la poudre de riz. Ce riz a été battu puis poli afin de rendre sa couleur plus blanche, plus brillante. Cette poudre est aussi une offrande matérielle à la Terre-Mère et aux pouvoirs de la Nature par l’intermédiaire de ses créatures comme les fourmis, les scarabées, les oiseaux et tous les autres qui reçoivent ainsi leur part de nourriture. Lors de grandes célébrations sont auѕѕi utilisées les poudres de couleurs appelées Vamappoti. Elles coûtent chères mais c’est un moyen de rendre un hommage plus grand aux divinités. Le safran est utilisé dans des Kolams spéciaux pour sanctifier le seuil des maisons de manière à empêcher les créatures venimeuses comme les scorpions et les serpents de pénétrer à l’intérieur.

Plus qu’un art, un enseignement :

Le Kolam a aussi une utilité pédagogique, il est un support pour enseigner certaines matières scolaires. En arithmétique, chaque point correspond à un nombre utilisé pour le calcul. En géométrie, les points offrent un repère dans l’espace. L’écriture s’apprend en traçant des lignes, des boucles...

La presse à Kolam :

De nombreux magazines de Kolam proposent aux femmes des figures traditionnelles ou stylisées et rappellent les significations liées aux divinités. Ces parutions régulières témoignent de la vivacité et du renouveau d’une pratique, ainsi que de l’appropriation nouvelle qui est faite d’un rite quotidien traditionnel. Des concours ont également lieu afin que les femmes s’affrontent en faisant montre d’invention et de dextérité.

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